Les procès de Santiago Alvarez et Posada Carriles. Et que devient Bosch ?

«Vous avez fait exploser l'avion de 1976», lui demande Juan Manuel Cao, du Canal 41, de Miami. Bosch lui répond cyniquement : «Si je te réponds que j'étais impliqué, je m'accuse, et si je te réponds que je n'ai pas participé dans cette action, tu diras que je mens. Je ne vais donc te répondre ni une chose, ni l'autre».

PAR JEAN-GUY ALLARD de Granma international

MERCREDI le 4 mai 2005, Orlando Bosch a été l'une des premières personnes en Floride du sud à confirmer que Luis Posada Carriles se trouvait effectivement à Miami, ce que niait alors Roger Noriega, secrétaire d'État adjoint pour l'Amérique latine.

Dans une entrevue avec une station de radio de Miami rapportée le 9 par le New York Times, le terroriste dit, sans plus de protocole, qu'il a conversé par téléphone avec Posada et qu'il se trouvait dans cette ville. Bosch annonçait dans la même déclaration qu'il se refusait à révéler où se cachait son vieux copain.

En termes clairs, Orlando Bosch Avila, criminel condamné par les tribunaux nord-américains, fiché par le FBI comme terroriste, en libération conditionnelle, savait où ou comment communiquer avec Posada mais n'a PAS annoncé qu'il allait collaborer avec les autorités pour accélérer son arrestation bien qu'il ne pouvait ignorer qu'il avait été introduit dans le pays, un crime grave, par son ami et aussi complice Santiago Alvarez.

Alors que Posada se refuse maintenant à témoigner dans la cause de son associé, son complice dans l'explosion en plein vol de l'avion de Cubana, Orlando Bosch, au contraire, en étant libre sous restrictions, continue à se vanter d'avoir commis des actes terroristes, prêche le terrorisme et proclame de tous côtés qu'il a bien eu quelque chose à voir avec la mort de 73 personnes dans l'avion de la Barbade.

Dans le cas de Posada, le juge fédéral James I. Cohn le contraindra à se réfugier derrière le Cinquième amendement, mais dans le cas de Bosch qui se glorifie de ses crimes, tous paraissent avoir oublié à Miami qu'il a confessé sa complicité avec Alvarez et Mitat.

Bosch a appris la présence de Posada aux Etats-Unis avant son arrestation, il n'a PAS aidé les autorités à le retrouver, il se trouve depuis 1990 en libération conditionnelle, il n'a jamais respecté les conditions émises par un magistrat et, pire encore, il s'est moqué expressément des autorités qui la lui ont accordé.

En 1987, Bosch revenait aux Etats-Unis, après sa libération équivoque d'une prison vénézuélienne- avec la complicité d'Otto Reich, qui était alors ambassadeur nord-américain à Caracas. À son arrivée, il a été arrêté pour avoir violé ses conditions de libération, en 1972, quand il a quitté le pays après avoir été condamné pour une attaque au bazooka contre le cargo Polanica.

Malgré la campagne qui se déroulait à Miami en faveur de l'assassin, le 23 juillet 1989, Joe D. Whitley, procureur général adjoint des Etats-Unis présentait à un tribunal d'immigration, un mémoire détaillé qui concluait en sollicitant l'expulsion définitive de Bosch des Etats-Unis pour terrorisme.

Dans sa conclusion, le substitut Whistley écrivait textuellement: «Durant 30 ans, Bosch a été résolu et intransigeant dans sa défense de la violence terroriste. Il a menacé et mené des actes de violence terroriste contre de nombreux objectifs, y compris des pays amis des Etats-Unis et leurs plus hauts dirigeants. Ses actions ont été celles d'un terroriste, exempt des lois et de la décence humaine, menaçant et infligeant la violence sans considération de l'identité de ses victimes.»

Les pressions combinées de la CIA, de la mafia anti-cubaine et des cercles républicains les plus extrémistes -dirigés par celle qui était alors candidate au Congrès, Ileana Ros-Lehtinen, son directeur de campagne, Jeb Bush, et Raúl García Cantero, le petit-fils de. Fulgencio Batista, que Jeb a ensuite nommé juge de la Cour suprême de la Floride - ont cependant obtenu sa libération.

Il faut rappeler ici, comme le signalait Reinaldo Taladrid dans Granma, que lorsque s'est produit l'attentat contre l'avion de Cubana en 1976, George Herbert Walker Bush, père de l'actuel président nord-américain, était le directeur de la CIA et il «avait accès à de l'information de première main à ce chapitre». Il connaissait, et parfaitement, l'implication de Bosch dans ce crime.

Depuis le sabotage criminel de navire La Coubre, les crimes commis contre Cuba ont été, presque toujours, observés et orientés depuis la Maison Blanche et l'Agence centrale de renseignements avec la complaisance criminelle du FBI.

Le 18 juillet 1990, Bosch était libéré, sur un ordre donné à l'IRS par le président d'alors, George Bush père, où il n'accordait pas la grâce, comme on l'a dit, mais ordonnait au tribunal de le libérer, humiliant grossièrement le procureur Whitley qui jusqu'à aujourd'hui s'est refusé à commenter l'affaire.

Un juge fédéral, William Hoeveler, a alors émis trois pages de strictes conditions pour que Bosch puisse demeurer en territoire nord-américain temporairement jusqu'à ce qu'on puisse lui trouver une terre d'asile - troublante similitude avec l'affaire Posada.

Comme condition additionnelle, Bosch devait jurer explicitement qu'il s'abstiendrait de commettre des actes de violence.
Il l'a juré devant la Cour.

Mais dès sa sortie, cependant, Bosch a ironisé et qualifié cet engagement solennel de «farce» et de «ridicule» et il a ajouté avec une ironie grotesque: «Ils ont acheté le singe mais ils n'ont pas la laisse», paraphrasant un dicton cubain.

«VOUS DEVEZ ABATTRE DES AVIONS»

Depuis sa libération conditionnelle dont il a piétiné les conditions de façon répétée, Bosch a violé de façon systématique les restriction qui lui ont été imposées, en lançant d'innombrables appels à la terreur.

Entre autres incidents, le 12 octobre 1991, il a incité à plus d'un millier de fanatiques, réunis à Miami, à financer le terrorisme dans l'île et a fournir des armes et des explosifs. «C'est le moment où l'exil doit envoyer le ciment dont ont besoin les maçons cubains pour l'insurrection», a-t-il dit. Il reprendra ce sujet en de multiples occasions.

Le 16 octobre 1993, Bosch a annoncé la création d'un parti politique dont la tâche est de réunir de l'argent pour acheter des armes et d'autres fournitures militaires. Le terroriste Partido protagonista del pueblo s'installe alors au 6850 Coral Way, sans aucun problème.

Le 13 septembre 1997, il applaudit la campagne d'attentats contre des installations touristiques que mène son ami Posada à Cuba mais nie, toujours dans son double langage, tout lien avec cela. «Nous n'avons rien à voir avec ces attentats» assure-t-il mais il ajoute: «si nous avions quelque chose à voir, nous le nierions aussi».
La dernière de ses innombrables fanfaronnades, plusieurs d'entre elles faites avec la complicité de ses complices de la radio et de la télévision, est survenue le 5 mai dernier quand il a été interviewé par Juan Manuel Cao, du canal 41 à Miami.

Il suffit de lire quelques-uns de ses commentaires pour se demander pourquoi cet assassin professionnel ne devrait pas se présenter devant les tribunaux, si le mot justice a une signification.

«Vous avez fait exploser l'avion de 1976?» lui demande Cao.

Bosch confesse: «Si je te réponds que j'étais impliqué, je m'accuse, et si je te réponds que je n'ai pas participé à cette action, tu diras que je mens. Je ne vais donc te répondre ni une chose, ni l'autre».

Cao lui demande: «Dans cette action, 73 personnes sont mortes. Ressentez-vous un cas de conscience ?»

Cas de conscience, Bosch ne sait sans doute pas de quoi il s'agit. «Non, dans une guerre, chico, comme celle que nous avons (.) vous devez abattre des avions, vous devez couler des bateaux, vous devez être prêts à attaquer ce qui est à votre portée».

Cao insiste: «Mais, pour ceux qui sont morts là, pour leurs parents, vous ne ressentez pas un peu de.».

Bosch connaîtra-t-il un moment d'humanité ? Non. Il a recours à un subterfuge, au mensonge pour tenter de justifier l'injustifiable. «Cet avion venait d'Angola. qui pouvait venir dans cet avion ?... Quatre membres du Parti communiste, cinq Coréens du nord, cinq Guyanais.»

Il appert maintenant que dans la cause Alavarez/Mitat qui s'ouvre devant le juge Cohn, le ministère public, pour la première fois, non seulement reconnaît le rôle joué par Alvarez dans l'arrivée de Posada aux Etats-Unis mais il signale spécifiquement que Posada a reconnu être l'auteur du crime de la Barbade et que les accusés ont conspiré à plusieurs occasions pour commettre des actes de terrorisme contre Cuba, y compris en avril 2001, avec l'infiltration ratée menée par Ihosvany Suris et ses complices.

Dans le document déposé devant le magistrat de la Cour fédérale du district de la Floride du sud le lundi 27 mars - et dont le contenu vient d'être connu grâce à Radio Progreso de Miami- le ministère public précise que son argumentation documentée se présentait «en opposition à la motion des défendeurs pour exclure les actes circonstanciels».

En d'autres mots, le ministère public réaffirme devant la Cour son droit à démontrer que la possession d'armes illégales, dont on accuse Alvarez et Mitat, ne peut être évaluée d'une autre façon que dans le contexte de la réalisation d'actes terroristes.

«La présentation de preuves d'activité criminelle antérieure est vitale pour la compréhension de l'affaire», précise le document qui ajoute que sans ces preuves «le jury sera incapable de déterminer correctement la culpabilité ou l'innocence des accusés».

Qui mieux qu'Orlando Bosch, l'assassin obstiné qui se situe de façon aussi grotesque au dessus des lois nord-américaines et internationales, peut constituer, pour le ministère public, la démonstration même de ce que Alvarez et Mitat font partie d'un univers monstrueux de terreur et de mort ?