LA REVOLUTION CUBAINE A 50 ANS

A deux reprises, au début des années 1990 et lors de l’annonce de la maladie de Fidel Castro, régnait une quasi unanimité : la révolution cubaine approchait de sa fin et la seule solution était la « transition » vers la démocratie et l’économie de marché (depuis quand ces deux concepts sont-ils synonymes ?).
Et pourtant, malgré ce pronostic partagé par la majorité des médias et des cercles politiques occidentaux, le socialisme cubain est toujours là, vingt ans plus tard, bien vivant, malgré la maladie de Fidel et son retrait temporaire, puis définitif de la direction du pays. Ceux qui faisaient la fête à Miami ont déchanté et de plus en plus de voix s’élèvent, même dans le camp des conservateurs, pour une normalisation des relations avec Cuba et la levée des sanctions imposées depuis 50 ans à cette expérience unique de construction du socialisme.
Signaler le fait c’est aussi poser la question : pourquoi ? Pourquoi ce petit pays des Caraïbes, sans grandes ressources économiques, a-t-il réussi à maintenir son expérience révolutionnaire, sa recherche d’un autre développement, malgré le blocus économique qu’aucun autre pays au monde a connu pendant ces 50 ans, malgré la chute du mur de Berlin et l’écroulement de l’Union Soviétique ? Pour tenter de répondre à ces questions il est indispensable de se replonger dans l’histoire de Cuba et la formation de son identité.

Les luttes pour l’indépendance

Ce n’est pas pour rien que l’Espagne parlait de « la toujours fidèle Cuba ». En effet, la plus grande île des Caraïbes allait être la dernière colonie à obtenir son indépendance de la métropole espagnole.
L’oligarchie créole partageait deux tendances. L’une, réformiste, poursuivait quelques changements tendant à améliorer l’éducation et la santé publique et défendant le développement économique, scientifique et culturel de l’île, sans se séparer de l’Espagne.
L’autre, l’annexionisme, ne voyait de solution que dans l’intégration de Cuba dans les Etats-Unis.
Les premiers à défendre une véritable indépendance se manifestent à partir de 1830 et les figures de proue en sont Felix Varela, José Agustin Caballero et José de la Luz y Caballero. Varela édite un des premiers journaux cubains en exil aux Etats-Unis, « El Habanero », qui circule clandestinement dans l’île.
Les luttes de libération, entamées plus tard que dans les autres colonies espagnoles, se singularisent par leur caractère populaire et radical. Ces luttes qui couvrent trente années (1868-1898) se basent sur l’égalité sociale et raciale et sont soutenues par une forte conscience anti-impérialiste et anticoloniale. Un cinquième de la population y perdra la vie.
Une des figures les plus marquantes de l’esprit de cette lutte est José Martí. Il vit des années en exil à cause de ses idées révolutionnaires et perd la vie dans le combat peu de temps après son débarquement sur les côtes de l’île, et ne vivra pas la victoire de sa lutte.
Victoire relative car les Cubains sont frustrés des résultats de leur lutte libératrice d’une domination coloniale, pour tomber sous une domination économique et politique où les Etats-Unis remplacent l’Espagne.
Rappelons simplement que l’armée nord-américaine intervient dans la lutte en déclarant la guerre à l’Espagne et que, lors des négociations de paix (Traité de Paris), les Cubains étaient exclus du processus. La première Constitution, imposée par les Etats-Unis, comprend un amendement avilissant, l’amendement Platt, autorisant les Etats-Unis à intervenir sur place à chaque fois qu’ils l’estimaient nécessaire (ce qu’ils font à plusieurs reprises) et leur donnant le droit d’implanter des bases charbonnières et des bases militaires sur l’île. La tristement célèbre base de Guantanamo, toujours occupée un siècle plus tard, en est l’exemple flagrant.


Un demi-siècle de pseudo république

La première moitié du 20e siècle voit une succession de gouvernements corrompus, inféodés aux intérêts économiques des grandes firmes nord-américaines. En quelques années ces dernières dominent l’économie du pays. Elles contrôlent l’industrie sucrière, le téléphone, l’électricité, les transports, le secteur bancaire, et sont propriétaires des meilleures terres agricoles.
La lutte contre cette domination et l’esprit anti-impérialiste se maintiennent durant toute cette période. Un moment important en est la lutte contre la dictature de Gerado Machado (1925-1933) et la révolution avortée de 1933.
Durant le soulèvement populaire les travailleurs s’approprient les moulins à sucre, les étudiants occupent le Palais Présidentiel et les petits gradés de l’armée renversent leurs officiers.
Le gouvernement du Dr. Ramón Grau San Martin, de courte durée, prend des mesures progressistes : réforme agraire, salaire minimum, journée des huit heures, droit de vote pour les femmes, etc. En janvier 1934 ce gouvernement est renversé par le coup d’état mené par Fulgencio Batista, Sergeant dans l’armée et qui, directement ou indirectement, va dominer la politique du pays jusqu’en 1959.
Mais la lutte pour une réelle souveraineté du pays se poursuit et un nouveau courant révolutionnaire anti-impérialiste se forme autour d’Antonio Guiteras. Guiteras, Ministre de l’Intérieur du gouvernement de Grau San Martin est à la base des mesures les plus radicales prises durant cette brève période. Après le coup d’état de Batista il plonge dans la clandestinité et crée Joven Cuba, avec un programme carrément socialiste. Il est assassiné en 1935.
Au sein des grandes formations politiques traditionnelles la crise des années 1930 suscite des ruptures. Le parti Ortodoxe  se sépare des Autenticos en protestation contre la corruption et l’abandon des principes de 1933. Eduardo Chibas est la figure emblématique de ce mouvement, très populaire et orateur hors pair il lutte contre la corruption et anime une émission de radio fort écoutée. Son slogan « L’honneur contre l’argent » marque toute une génération. Fidel Castro milite aux côtés de Chibas. En août 1951 ce dernier se tire une balle dans le ventre lors de son émission  hebdomadaire (il n’avait pas pu apporter de preuves à ses accusations de détournements de fonds). Son enterrement suscite de gigantesques manifestations de masse. Son action a inspiré bon nombre de jeunes qui vont rejoindre le Mouvement du 26 juillet quelques années plus tard.

La révolution triomphe

En 1952, peu avant les élections planifiées, Fulgencio Batista reprend le pouvoir par un coup d’état. Le 26 juillet 1953, une centaine de jeunes rebelles, dirigés par le jeune avocat Fidel Castro, attaque la caserne de la Moncada, à Santiago de Cuba. Leur objectif est de prendre la caserne, de distribuer les armes à la population et d’appeler à l’insurrection générale à partir de Santiago. L’attaque échoue, les rebelles sont massacrés et les survivants, parmi lesquels Fidel et Raúl Castro, sont condamnés à de longues peines de prison. Dans sa plaidoirie Fidel va développer son programme politique et termine par le célèbre « Condamnez moi, l’histoire m’acquittera ».
Amnistiés sous les pressions populaires les jeunes rebelles s’exilent au Mexique où ils rencontrent Ernesto Guevara, un jeune médecin Argentin, qui se joint à la lutte de libération de Cuba. En décembre 1956 ils quittent le Mexique à bord du yacht Granma, avec 81 combattants. Après un débarquement désastreux une poignée de combattants rejoint la Sierra Maestra et y implante et développe une lutte de guérilla qui mène à la fin du régime de Batista.
Fin 1958 l’offensive est lancée à partir de la Sierra et les colonnes de l’armée rebelle avancent vers La Havane et vers Santiago. Le 31 décembre 1958 Batista et ses complices fuient à l’étranger en accaparant les fonds de l’état. Le 1er janvier 1959 l’armée rebelle prend le pouvoir et après une marche triomphante de Santiago à La Havane Fidel Castro entre dans la capitale le 8 janvier 1959.

Une nouvelle ère commence

Pour la première fois dans son histoire Cuba prend son destin en mains sans ingérence étrangère, sans domination coloniale ou économique, maître de son destin.
La transition vers le socialisme se concrétise rapidement et à un rythme inconnu ailleurs dans le monde. En moins de quatre ans toutes les mesures sont prises pour instaurer un régime original , défiant toutes les traditions de lutte connues, le tout dans une atmosphère d’enthousiasme populaire, de vitalité créatrice, tout en affrontant la réaction et l’hostilité violente du puissant voisin nord-américain.
Durant ces premières années le jeune régime révolutionnaire introduit une réforme agraire en deux étapes, nationalise en plusieurs vagues l’essentiel des grandes industries et des services, applique une réforme urbaine approfondie, mène une campagne d’alphabétisation qui supprime l’analphabétisme en un an, instaure l’éducation gratuite pour tous et à tous les niveaux, développe la médecine gratuite pour tous et dans tout le pays, implante les organisations de masse et les milices populaires en armant le peuple.
Ces mesures successives et radicales déterminent rapidement le caractère socialiste et innovant de la jeune révolution. Pourtant le socialisme n’est pas mentionné durant les premiers mois et ne sera déclaré officiellement qu’en avril 1961, lors de l’invasion ratée de la Baie des Cochons, la première déroute armée des Etats-Unis en Amérique Latine.
Le cheminement politique est parallèle au développement des mesures révolutionnaires. Ici aussi la voie choisie est originale. Contrairement aux autres révolutions ce n’est pas le parti communiste qui mène la lutte mais un mouvement (le M-26-7) à l’idéologie peu développée au niveau doctrinaire, soutenu par le Directoire Révolutionnaire (le mouvement étudiant progressiste) et seulement rejoint quelques mois avant la victoire par le Parti Socialiste Populaire (le parti communiste de l’époque).
Les trois mouvements collaborent après la prise de pouvoir et passent à l’unification  en plusieurs étapes, les ORI (Organisations Révolutionnaires Intégrées), puis le PURS (Parti Unifié de la Révolution Socialiste), pour aboutir en 1965 (après 6 ans) à la création du PCC (Parti Communiste de Cuba).
Ceci démontre clairement que l’actuel parti communiste n’est pas à l’origine de la révolution, mais en est le produit et qu’il s’est forgé, renforcé et développé dans la lutte et grâce à la lutte, dans un symbiose des idées socialistes, anti-impérialistes, Martiennes, produit de cent ans de lutte de libération. Ceci différencie fondamentalement le parti communiste cubain des autres partis communistes dans le monde.

Les bases de la nouvelle société

Fernando Martinez Heredia, professeur d’histoire et de philosophie marxiste, propose de diviser les 50 années de révolution en trois périodes : de 1959 à 1970, de 1979 à 1990 et de 1990 à nos jours.
La première période (1959-1970) correspond à l’établissement des bases de la nouvelle société.
Nous avons déjà cité la construction du nouveau parti politique et la création des milices, élément de démocratisation du pouvoir par l’armement général du peuple. Le système politique est complété par la création des organisations de masse, la FMC (Fédération des Femmes Cubaines), les CDR (Comités de Défense de la Révolution), l’ANAP (Association des petits agriculteurs privés), l’UJC (Union des Jeunes Communistes), les Pionniers (pour les enfants de l’enseignement primaire),la redynamisation d’organisations existantes , la CTC (Confédération des Travailleurs Cubains), la FEU (Fédération des Etudiants Universitaires), la FEEM (Fédération des Etudiants de l’Enseignement Secondaire) et par de nombreuses organismes culturels entre autres l’UNEAC (Union des Ecrivains et Artistes de Cuba), l’ICAIC (Institut Cubain des Arts et de l’Industrie Cinématographique).
En plus de la campagne d’alphabétisation des efforts énormes sont faits dans l’enseignement : formation de professeurs, constructions d’écoles (surtout à la campagne), enseignement pour adultes et des investissements importants dans la recherche scientifique.
Le développement économique doit se faire dans des conditions difficiles. Du jour au lendemain, par le blocus économique, Cuba se retrouve sans pièces de rechange pour un parc industriel pratiquement à 100% de fabrication américaine. Le même problème se pose dans les transports. Les marchandises doivent maintenant être importées de pays lointains alors que Cuba ne dispose pas d’une flotte marchande. Les techniciens nord-américains ont quitté l’île et ont incité une partie de leurs collègues cubains à en faire autant.
Cuba se tourne alors vers l’Union Soviétique et les pays de l’Est, les seuls à accepter le développement de relations commerciales et à offrir une aide technologique et économique.
Dans ce contexte Cuba a éternisé la mono exploitation du sucre, afin d’approvisionner le marché soviétique et allemand. De la fin de cette époque date la fameuse récolte des 10 millions de tonnes de sucre de 197O. Un échec non seulement parce que le chiffre ne sera pas atteint mais surtout par la distorsion des autres branches de l’économie à cause de la concentration des tous les efforts pour la coupe de la canne.

Les années 1970

Dans cette deuxième étape, Cuba, toujours isolé en Amérique Latine (pendant des années le Mexique sera le seul pays à entretenir des relations normales avec Cuba), s’appuiera encore plus sur l’Union Soviétique.
Les services de base en éducation, en santé et en sécurité sociale sont atteints dans l’ensemble du pays. Un bien être relatif et un modèle de consommation de masse est atteint, sans toutefois permettre un développement économique autonome.
Cette période se caractérise malheureusement aussi par la formation d’un système bureaucratique envahissant.
En 1975 une nouvelle Constitution est adoptée, après des mois de débats dans les assemblées de quartier, les centres de travail, les organisations de masse, ainsi qu’un système électoral entièrement nouveau qu’on appelle le Poder Popular (Pouvoir Populaire) et qui est installé au niveau communal, provincial et national.
Le pays s’ouvre peu à peu au tourisme et poursuit son industrialisation dans plusieurs domaines (cimenteries, textile, nickel, etc.).
Vers la moitié des années 1980 Fidel Castro lance le « processus de rectification des erreurs et des tendances négatives ». Juventud Rebelde, le quotidien de la Jeunesse Communiste s’attaque à des phénomènes parfois minimisés mais connus de tous : prostitution, délinquance, racisme, inégalités culturelles, corruption, bureaucratisme excessif.
Le processus de rectification s’attaque à ces problèmes naissants, ouvre un débat sur le retour aux valeurs prônées par Che Guevara au début de la révolution et affronte radicalement la perestroïka défendue par Gorbatchev.
Entre 1986 et 1988 plusieurs ministres, vice-ministres et dirigeants nationaux ou régionaux sont destitués et plus de 60% des dirigeants d’entreprises sont remplacés. On s’attaque à la bureaucratie en réduisant le nombre de fonctionnaires et en instituant une meilleure discipline au travail. 60% des responsables locaux et presque la totalité des responsables nationaux sont remplacés au suffrage direct et secret. La législation du travail est adaptée en concertation avec les syndicats. Le salaire minimum et les pensions les plus faibles sont augmentés.
Mais le gouvernement cubain prévoit les difficultés à venir à cause des changements politiques dans le bloc de l’Est et une réduction de la consommation individuelle est annoncée afin de réduire les importations. Ce sont les signes précurseurs de ce qu’on appellera la « période spéciale ».
Le processus de rectification sera freiné et contrecarré par la disparition de l’Union Soviétique. Du jour au lendemain Cuba affronte une crise économique sans pouvoir agir sur ses causes. Le monde entier pronostique et attend la chute du régime cubain.

Les années 1990-2000

En 1989 le mur de Berlin s’écroule et en 1991 l’Union Soviétique s’effondre. Cuba connaît alors les années les plus difficiles de l’époque révolutionnaire. La « période spéciale » est vécue difficilement avec des restrictions dramatiques.
La crise est profonde. 85% des échanges extérieurs se réalisaient avec les pays de l’Est. Cette forte dépendance, entre autres dans le domaine de l’énergie et de l’alimentation, a comme conséquence une chute de 35% du PIB (Produit Intérieur Brut) entre 1989 et 1993.
Cuba entame des réformes structurelles, réalistes et pragmatiques, sans mettre en cause les choix politiques de la révolution. La Constitution est revue en 1992 et on ouvre le marché, dans des limites bien définies. Les changements sont limités et réversibles. Le secteur sucrier est drastiquement restructuré, le développement du tourisme est accéléré et des efforts considérables sont réalisés pour limiter la dépendance de l’extérieur surtout dans le domaine alimentaire avec comme objectif à plus long terme l’autosuffisance alimentaire.
Des investissements étrangers sont autorisés et le dollar est légalisé. Ces transformations se font en pleine connaissance des effets négatifs qu’elles peuvent susciter : prostitution, drogue, corruption, inégalité entre ceux qui ont accès au dollar et ceux qui ne l’ont pas.
Pour le commerce extérieur des nouveaux partenaires sont indispensables. L’Union Européenne joue un rôle non négligeable dans les investissements de capitaux. Après un gel des relations avec l’Europe, instauré sous de fortes pressions nord-américaines, de 2002 à 2009, un accord de coopération a été signé récemment avec l’UE.
La double circulation de la monnaie était momentanément inévitable, pour arriver finalement à deux monnaies, le peso national et le peso convertible (ou CUC) destiné à disparaître un jour.
Il est important de souligner que toutes ces réformes ont été faites en préservant les acquis sociaux fondamentaux réalisés par la révolution (enseignement, santé, sécurité sociale, accès à la culture et aux sports).

La maladie de Fidel

Le 31 juillet 2006 Fidel, ayant subi une intervention chirurgicale et en rétablissement pour une longue durée, cède la direction du pays à son frère Raúl. A signaler que cette passation de pouvoir est tout à fait conforme à la Constitution qui prévoit, en cas d’empêchement, la transmission du pouvoir au premier vice-président jusqu’aux prochaines élections.
Ce n’est que le 24 février 2008, après les élections normalement prévues et la non candidature de Fidel lors de ces élections, que Raúl sera élu et confirmé dans ses nouvelles fonctions.
Une fois de plus, à l’étranger, on annonce la chute imminente du pouvoir, la transformation immédiate du régime, et à Miami on fête spectaculairement la « disparition » de Fidel.
Et une fois de plus le peuple cubain témoigne de son attachement au régime. A Cuba la vie continue normalement, sans le moindre heurt et sans velléité de transformation profonde du régime.
Dans son discours de politique générale du 26 juillet 2007 Raúl Castro reconnaît les « difficultés objectives » et annonce des transformations structurelles. Un volet va dans le sens d’une amélioration de l’efficacité économique (possibilité accrue pour les petits paysans de jouir de terres en usufruit, modification des échelles salariales dans les entreprises pour stimuler la productivité, recul de l’âge de la retraite de 60 à 65 ans – mesures débattues durant des mois dans des milliers d’assemblées de travailleurs avant de se concrétiser). Un autre volet tend à améliorer directement la vie quotidienne de la population : un développement spectaculaire des transports publics, l’introduction et la mise en vente d’appareils électriques à basse consommation, la libéralisation des ventes d’ordinateurs, de téléphones portables, de lecteurs de DVD.
Dans le domaine macro économique  le commerce extérieur retourne au monopole d’état et certaines entreprises étrangères se voient leur licence non renouvelée pour insuffisance de leurs résultats.
Toutes ces mesures confirment l’approche pragmatique entamée depuis la « période spéciale », tenant compte des réalités contemporaines. Ce pragmatisme a été d’autant plus nécessaire après les lourds dégâts causés par les cyclones Gustav et Ike (août et septembre 2008), essentiellement dans l’agriculture, l’énergie et le logement.
Ces difficultés frappant lourdement l’économie cubaine n’ont pas empêché le pays de poursuivre ses réalisations spectaculaires dans les domaines de la biotechnologie, de l’industrie pharmaceutique, de l’agriculture urbaine, du reboisement, du développement d’énergies alternatives, domaines qui, chacun, nécessiteraient et mériteraient une analyse approfondie, car malgré tous les obstacles imposés à Cuba, des progrès spectaculaires sont réalisés dans chacun de ces domaines.
La « période spéciale », passage très dur dans l’histoire révolutionnaire, est définitivement clôturée et Cuba reprend un rythme de développement économique qui fait espérer un retour rapide aux niveaux d’avant la crise.

50 ans de révolution – 50 ans d’agressions

Aborder la réalité cubaine comme nous l’avons fait jusqu’ici nécessite la prise en compte de l’hostilité permanente des Etats-Unis, obligeant Cuba à investir lourdement dans ses moyens de défense et accumulant les obstacles à son développement économique et à la réalisation de ses objectifs sociaux.
En général, lorsqu’on parle des agressions menées par les Etats-Unis, les termes sont trop faibles et l’on sous-estime la réalité. Ce que cuba a affronté durant 50 ans c’est une guerre non déclarée dans laquelle tous les moyens, et bien TOUS les moyens, des plus classiques aux plus vicieux ont été et sont utilisés. Les documents officiels du gouvernement nord-américain, déclassifiés récemment, confirment ce que les Cubains et les défenseurs de la révolution dénoncent depuis des décennies.
Les mesures mises en œuvre depuis 1959 sont en parfaite continuité de l’histoire de Cuba.

Les débuts

Après le 1er janvier 1959 les Etats-Unis vont rapidement annoncer la couleur. Déjà avant la réforme agraire (17 mai 1959) et avant les profondes transformations économiques,
le Conseil National de Sécurité de la Maison Blanche, le 10 mars 1959, décidait qu’il fallait remplacer Fidel Castro et des stratégies étaient élaborées pour « établir un nouveau gouvernement à Cuba ». Eisenhower autorise la CIA à collaborer avec des organisations terroristes et à financer, entraîner et armer des cubains contre révolutionnaires.
Dans le plus grand secret on élaborait des plans pour assassiner Fidel Castro, ce qui a été rendu public en 1975 par une commission spéciale du Sénat des Etats-Unis. La CIA ira même jusqu’à collaborer avec la maffia qui, avant la révolution, avait des intérêts financiers énormes à La Havane. Cette guerre non déclarée ne s’arrêtera jamais, sous le couvert de la menace communiste, argument qui s’écroule pourtant avec la disparition de l’Union Soviétique. Mais les agressions se sont maintenues.

Attentats et agressions militaires

Les agressions armées ont commencé le 21 octobre 1959 avec le mitraillage de La Havane par deux avions, partis des Etats-Unis (deux morts et une cinquantaine de blessés). Incendies, attentats à la bombe, soutien à quelques contre-révolutionnaires dans l’Escambray, sabotages, se succèdent. Ainsi le navire Français « Le Coubre » explose dans le port de La Havane le 5 mars 1960, venant d’Anvers et chargé de munitions et d’armes (81 morts, près de 100 blessés). Un sommet est atteint en avril 1961 avec le débarquement raté de la Baie des Cochons, anéanti en 72 heures. Parfois on se limite à des intimidations par des manœuvres militaires dans la région. En octobre 1962 le monde se trouve à la limite de la guerre nucléaire durant la bien connue crise des fusées. La CIA va également soutenir des dizaines de groupes terroristes qui n’arrêteront jamais leurs actions. Ainsi il y a eut l’attentat dramatique contre un avion de ligne civil Cubain, explosant en plein vol au-dessus des Barbades (73 morts) et dont les auteurs se promènent en liberté aux Etats-Unis. Plus récemment on a connu les attentats contre des lieux touristiques, lors d’un desquels un jeune  Italien a perdu la vie. Plus tard on choisira des objectifs à l’étranger : des attentats contre des diplomates cubains, des techniciens, des pêcheurs et même des émigrés cubains qui cherchaient un rapprochement avec leur pays d’origine et voulaient entamer un dialogue.

Les pressions politiques

Politiquement on a tout fait pour isoler Cuba, surtout en Amérique Latine, par son exclusion de l’OEA (Organisation des Etats Américains). Progressivement cet isolement va s’affaiblir et de plus en plus de pays vont rétablir des relations bilatérales avec Cuba. Au niveau diplomatique on va également essayer d’isoler Cuba, entre autres par les campagnes au sujet des droits de l’homme et par des pressions permanentes pour voter contre Cuba dans les organisations internationales.

La guerre chimique et bactériologique

En plus de la guerre militaire, économique et politique, les Etats-Unis passeront même à l’agression chimique et bactériologique. Entre 1971 et 1986 à 11 reprises des maladies ou infections, inconnues dans la région, ont de façon incompréhensible frappés Cuba. Cette guerre touche les plantes (le riz en 1971, la canne à sucre en1987, le tabac en 1978), les animaux (les porcs en 1971 et 1979, les volailles en 1982 et 1983) et les humains (la dengue en 1977 et 1981, la conjonctivite hémorragique en 1981).

Les agressions économiques

La guerre économique se concrétise par l’application d’un blocus économique, commercial et financier. Aucun pays au monde n’a été soumis à de telles pressions, les plus sévères et les plus longues de l’histoire.
Déjà le 6 avril 1960, M. Mallory, sous-secrétaire d’Etat pour les affaires interaméricaines, prône dans un mémorandum : « une mesure qui pourrait avoir un très fort impact serait de refuser tout financement et livraison à Cuba, ce qui réduirait les revenus monétaires et les salaires réels et provoquerait la famine, le désespoir et le renversement du gouvernement ». 49 ans plus tard le blocus est toujours là, renforcé même, et si l’arrivée de Barack Obama pourrait  susciter certains espoirs, à aborder avec prudence et à confirmer, aujourd’hui ses effets perdurent.
Revenons en 1959 : 65% des exportations se réalisent vers les Etats-Unis et 75% des importations venaient des Etats-Unis. Les premières sanctions économiques (diminution du quota sucrier) sont prises dès les premiers mois de la révolution pour aboutir au blocus total du commerce entre les Etats-Unis et Cuba à partir du 7 février 1962, sous la présidence de John Kennedy.
Sans donner une liste exhaustive de l’impact de ce blocus, quelques exemples récents démontrent la réalité des faits.
En 2004, la firme pharmaceutique Abott se voit interdire la vente à Cuba  de deux médicaments pour le traitement du sida et une filiale européenne d’une firme américaine se voit imposer une amende de 168.500 dollars pour la vente de deux vaccins à Cuba.
Pourtant la Convention de Genève interdit l’embargo sur les médicaments et les aliments, même en temps de guerre. Alors que ces dernières années la vente d’aliments à Cuba est partiellement autorisée, les firmes qui s’y risquent doivent faire face à de barrières bureaucratiques aux Etats-Unis, Cuba n’a droit à aucun crédit et les achats sont à payer avant la livraison dans une autre monnaie que le dollar.
Depuis 1992 la loi Torricelli interdit, entre autres, aux filiales d’entreprises nord-américaines dans un pays tiers à faire du commerce avec Cuba (l’entreprise française Bull, active dans les distributeurs de billets à Cuba, a du arrêter ses ventes, car rachetée par l’entreprise nord-américaine Diebold ; l’entreprise néerlandaise Intervet a refusé d’exporter un vaccin animal car il contenait 10% d’un antigène produit aux Etats-Unis). La même loi Torricelli pénalise les navires accostant dans les ports cubains par une interdiction de rentrer aux Etats-Unis pendant 180 jours.
Le 12 mars 1996 la loi Helms-Burton introduit la rétroactivité et l’extraterritorialité, et introduit la notion que seul le Congrès (et plus le Président) peut décider ou non de la levée des sanctions économiques. Cette loi va susciter un tollé international de rejet, par l’Union Européenne, la Russie, l’ONU, les Pays Non Alignés, l’OEA, le Sommet Ibéro Américain, le Groupe de Rio, le Caricom, l’Association des Etats des Caraïbes et même de la part de multinationales américaines comme Coca Cola, la Chase Manhattan Bank, General Motors et Goodyear, pour n’en citer que quelques-unes.

L’absurdité de ce blocus et de ces lois se confirme en frappant des firmes étrangères comme, par exemple, la banque Suisse UBS qui se voit condamnée en 2004 à une amende de 100 millions de dollars pour avoir reçu des transferts de fonds cubains en dollars (produits du tourisme), et  des simples citoyens nord-américains comme Barbara et Wally Smith, un couple de retraités du Vermont, qui sont condamnés en avril 2004 à 55.000 dollars d’amende pour avoir visité Cuba et crée un site internet sur leur séjour.
Les dommages subis par Cuba à cause du blocus sont difficiles à estimer. L’OMS cite en 2006 le chiffre de 86 milliards de dollars pour la période 1959-1999. En 2005, le montant des dommages économiques directement liés à la  politique américaine dépassait les 4.108 milliards de dollars  et les dommages subis par le commerce extérieur cubain s’élevaient à 945 millions de dollars. En raison du blocus Cuba est classé parmi les pays à hauts risques. Les contrecoups de cette réalité se traduisent par un coût financier cumulé depuis les années 1960, dépassant les 320 millions de dollars. La marge de manœuvre de Cuba est bien mince, si l’on rajoute que le montant de ses avoirs gelés dans les banques américaines depuis 1959 s’élève à 268 millions de dollars. Le blocus limite également le développement de Cuba dans plusieurs domaines par le non accès aux données scientifiques, l’impossibilité d’échanges entre chercheurs, la non accessibilité aux innovations technologiques (entre autres par les multinationales pharmaceutiques).
Rappelons, pour terminer, que depuis des années la communauté internationale condamne ce blocus. Ainsi, le dernier vote à l’Assemblée Générale de l’ONU d’une motion à ce sujet a donné, sur 192 pays représentés, 185 votes contre et 3 votes pour (les Etats-Unis, Israël et Palau.

Toutes ces agressions s’intègrent dans des projets politiques et idéologiques, traduits dans plusieurs documents comme le « Rapport de Santa Fe » (1980), un livre blanc de Reagan (1981), le document « Santa Fe II » (1990), jusqu’aux documents récents qui prônent la « transition » à Cuba. C’est aussi dans ces documents que l’on trouve les bases pour la création de Radio Marti et plus tard de TV Marti (qui inondent l’île de propagande anti-gouvernementale), des mesures économiques, des pressions à exercer sur les pays tiers, etc.
Ce qui est indéniable c’est que dans cette guerre non déclarée les Etats-Unis ne laissent aucun moyen inutilisé : agressions directes, moyens chimiques et bactériologiques, intimidations, terrorisme, tentatives d’assassinats, mesures économiques, rien n’aura été épargné pour tenter d’empêcher la révolution cubaine de se développer.

L’économie cubaine aujourd’hui

A partir de 2002 Cuba sort enfin de la profonde crise des années 1990. Les taux de croissance économique s’améliorent d’année en année : 1,8% en 2002, 2,3% en 2003, 5,4% en 2004, 11,8% en 2005 et 12,5% en 2006.
Cette croissance est due à plusieurs facteurs. Il y a, bien sûr, les accords préférentiels avec le Venezuela, dont l’échange de services médicaux contre du pétrole. Il y a le financement à des taux intéressants par le Venezuela, la Chine et d’autres pays amis. Il y a la hausse des prix de certains produits d’exportation comme le nickel et le sucre. Et il y a les résultats remarquables dans le tourisme et les biotechnologies.
En 2008 la croissance a chuté à 4%, par l’effet cumulé des dégâts causés par 3 ouragans successifs (dégâts estimés à 10 milliards de dollars), la chute des prix de certains produits d’exportation (ainsi le nickel chute de 50.000 dollars la tonne à 8.000 dollars, pour remonter par après à +/- 10.500 dollars) et bien sûr l’effet de la crise mondiale qui n’épargne pas Cuba.
Pour atteindre ces résultats des modifications ont été effectuées qui rééquilibrent le poids relatif de certains secteurs économiques dans la croissance :
-l’industrie sucrière a été restructurée et, longtemps le moteur de l’économie, joue maintenant un rôle secondaire ;
-Le tourisme est devenu le premier secteur, rejoint par les exportations de services à haute valeur ajoutée (assistance médicale, licences en biotechnologie) ;
-la production de nickel a augmentée et est un produit d’exportation en tête de liste ;
-dans le domaine des entrées de fonds il y a les sommes envoyées aux familles par les parents à l’étranger (les « remesas ») ;
-la production locale de pétrole et de gaz, très limitée jusqu’en 1990, couvre maintenant pratiquement 50% des besoins en énergie du pays et des espoirs se précisent pour en faire un produit d’exportation important à moyen terme ;
-les investissements étrangers, pratiquement inexistants en 1990, sont déterminants pour le développement de secteurs clés, tels le tourisme, le nickel et l’énergie.
Un autre résultat des mesures introduites à partir de 1990 est la réduction du déficit du budget qui depuis 1993 se situe chaque année aux environ de 3%. Les chiffres du chômage ont également évolué vers la baisse et se sont stabilisés ces cinq dernières années en dessous de 2%.
Un nouveau modèle économique a été élaboré où le déficit dans la balance des payements est contrebalancé par un accroissement remarquable  dans les exportations de services (assistance médicale, tourisme, éducation, engineering, biotechnologies). Un profond changement structurel s’est ainsi produit ces 15 dernières années. Les services remplacent les marchandises, pour passer de 10% des revenus en 1989 à presque 70% en 2005.
En ce qui concerne les investissements étrangers, des règles strictes ont été introduites :
-pas de privatisation d’actifs publics ;
-les investisseurs étrangers ne peuvent pas créer d’entreprises seuls, ils ne sont admis qu’en tant que partenaires dans des joint-ventures avec des entreprises d’état cubaines ;
-les nouveaux projets sont toujours analysés cas par cas en tenant compte des intérêts et des priorités du pays.
Ces principes de base ont toujours été maintenus, mais la sélection  a été adoptée durant ces années :
-on a mis fin à une grande partie des petites joint-ventures ;
-les nouveaux projets se concentrent dans les domaines clés (pétrole et gaz, électricité, nickel, tourisme).
Et, quitte à le répéter à satiété, ces modifications importantes se font sans préjudice pour la politique sociale. Même durant les années les plus dures de la crise le gouvernement a maintenu les avantages sociaux instaurés par la révolution. Dès la reprise de l’économie, trois domaines sociaux ont été renforcés :
-l’éducation a été améliorée à tous les niveaux : réparation des infrastructures existantes, construction de nouvelles écoles, réduction du nombre d’élèves par professeur, équipement de chaque école de postes de télévision, de vidéos et d’ordinateurs (même dans les régions isolées grâce à des panneaux solaires et parfois pour quelques élèves seulement) ;
-le système de santé gratuit pour tous continue à être financé. La prévention est développée, les infrastructures en hôpitaux  et en polycliniques sont améliorées et d’importants investissements sont consentis dans la recherche et la production pharmaceutique et biotechnologique ;
-les salaires ont été revus à la hausse avec une priorité pour les secteurs de la santé et de l’éducation, et les pensions les plus basses ont également été revues à la hausse,etc.
En résumé, les mesures introduites devaient permettre de faire face à la crise des années 1990
et de relancer la croissance. Elles ont été effectives puisque la croissance a repris, la diversification sectorielle est réalisée, la correction de déséquilibres interne a été introduite, et le pays s’est réinséré dans les marchés mondiaux.
D’autres défis restent à affronter : la faible productivité dans certains secteurs industriels et dans l’agriculture, la lutte contre certaines formes de corruption, l’état critique de certaines infrastructures et le système de double monnaie toujours en cours.
Confronté à ces défis le gouvernement étudie et planifie plusieurs mesures économiques et politiques. Une des mesures les plus récentes, qui a fait un certain bruit dans les médias à cause de la démission de personnalités connues à l’étranger, a été un remaniement ministériel. Parfois fort critiqué hors de Cuba on oublie de situer ce remaniement dans une simplification annoncée des structures de l’état afin d’éviter des doubles emplois, des structures bureaucratiques inutiles et des conflits de compétence improductifs.
Ce qui est certain c’est le maintien des acquis sociaux et de la propriété collective dans les domaines économiques fondamentaux.

Cuba dans le monde

Peu de pays ont marqué leur de leur empreinte  l’histoire récente du monde. Cuba en fait partie depuis 1959.
Dès les premiers mois après le triomphe de la révolution Cuba marque sa présence innovante par ses mesures révolutionnaires spectaculaires. La réforme agraire, la campagne d’alphabétisation, la victoire militaire lors de l’invasion de la Baie des Cochons font les premières pages de l’actualité dans le monde. Pour les peuples du tiers-monde et certainement pour ceux d’Amérique latine Cuba représente un exemple unique de la résistance à la superpuissance du monde. Pour la première fois dans son histoire un pays d’Amérique latine tient tête aux Etats-Unis, leur inflige une déroute militaire, résiste à toutes les tentatives pour renverser la révolution et prouve qu’une autre alternative est réalisable.
Après des dizaines d’années de domination et d’exploitation économique, après les interventions militaires, le renversement de gouvernements progressistes, le soutien inconditionnel aux pires dictatures du continent, Cuba offre un exemple et un espoir sans pareil aux peuples d’Amérique latine et du tiers-monde.
Immédiatement le gouvernement révolutionnaire va s’engager dans une politique internationale volontariste et solidaire. Cuba offre son aide à plusieurs pays qui luttent pour leur libération et leur indépendance en Amérique latine, en Asie et en Afrique. En Asie la solidarité de Cuba avec la lutte du peuple Vietnamien sera une constante durant des années.                                                                                                                                 En Amérique latine de nombreux mouvements de libération pourront compter sur le soutien de Cuba. Depuis 1959 les Etats-Unis ont du revoir la doctrine « Monroe », la politique du « big stick », la cour arrière des Etats-Unis, l’Alliance pour le progrès, les politiques d’interventions permanentes directes ou au travers de l’OEA, les coups d’état pilotés ouvertement ou discrètement.
Aujourd’hui le Venezuela n’aurait pas pu réaliser le programme de santé publique « Barrio Adentro »  ou le programme d’alphabétisation sans l’aide de milliers de volontaires cubains. En Bolivie également l’aide de Cuba est déterminante pour certains programmes sociaux à court terme. Les succès de ces deux pays et l’émergence d’autres régimes progressistes n’aurait probablement pas étés les mêmes sans l’existence du régime révolutionnaire à Cuba et son influence sur les peuples de ces pays.
En Afrique l’aide cubaine commence en Algérie pour se poursuivre par le soutien des mouvements de libération de plusieurs pays. Le sommet de l’aide cubaine en Afrique sera bien sûr l’aide à l’Angola, menacé dans son indépendance à peine acquise par le régime raciste d’Afrique du Sud. Les troupes cubaines venues en aide aux combattants angolais vont repousser l’armée Sud Africaine et les mouvements mercenaires soutenus par les Etats-Unis.
Leur victoire militaire impressionnante par l’Opération Carlotta mène, à terme à l’indépendance de la Namibie et à la chute de l’Apartheid.
Cuba a joué et joue toujours un rôle important dans plusieurs instances internationales, entre autres à l’ONU. Premier pays du continent américain a être membre du Mouvement des Pays
Non Alignés Cuba en est un des moteurs et sera appelé à deux reprises à en assurer la présidence. Dans le domaine de la solidarité Cuba est cofondateur et pays siège de l’OLAS (Organisation Latino Américaine de Solidarité) et de l’OSPAAAL (Organisation de Solidarité avec les Peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine) dont la revue Tricontinental sera pendant des années la voix des mouvements progressistes des trois continents.
Aujourd’hui Cuba est intégré dans la plupart des organisations régionales des Caraïbes et joue un rôle prépondérant, à côté du Venezuela et de la Bolivie dans l’ALBA (Alternative Bolivarienne pour les Amériques).
Durant ces cinquante années, Cuba n’a jamais tenté d’exporter sa révolution ou d’imposer son modèle révolutionnaire à d’autres pays. Cuba a toujours affirmé que chaque peuple doit trouver sa voie vers une alternative et qu’il est impossible d’exporter une révolution. Ce que Cuba a fait, c’est fournir un exemple vivant, une démonstration permanente que, en opposition  aux idéologies dominantes, il est possible de construire et de développer une alternative non capitaliste.
Il est impossible de parler de Cuba dans le monde sans parler du rôle important joué par l’aide médicale cubaine. La première brigade médicale internationale cubaine, composée de 58 médecins et techniciens, fut formée pour aider l’Algérie immédiatement après son indépendance. L’aide médicale s’est poursuivie au Vietnam et dans de nombreux autres pays.
A partir de 1998 elle est constituée en aide médicale massive aux populations de pays pauvres touchés par des catastrophes naturelles, même ceux qui ont des politiques opposées à celle de Cuba. Aujourd’hui Cuba offre médecins et infirmiers pour des programmes intégraux de santé. Cette aide gratuite est d’autant plus appréciée que les équipes médicales cubaines interviennent dans les zones et les régions les plus inaccessibles et pauvres, là où les médecins « locaux » refusent de travailler.
De 1963 à fin 2005 plus de 100.000 médecins et techniciens cubains sont intervenus dans 97 pays, surtout en Afrique et en Amérique latine. En 2006, 25.000 médecins et techniciens se trouvaient dans 68 pays, chiffre que l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) ne peut assurer.
En plus de la présence des équipes médicales dans d’autres pays Cuba offre également une aide médicale dans le pays même. Ainsi plus de 19.000 enfants et adultes, victimes de l’accident nucléaire de Tchernobyl en 1986, ont été soignés à Cuba. Près de 80.000 Vénézuéliens ont été opérés ce la cataracte et du glaucome dans le cadre de l’opération « Milagro » (miracle), qui s’étend maintenant à d’autres pays. Le Venezuela apporte le financement, Cuba les spécialistes, le matériel opératoire et l’infrastructure pour les soins aux malades durant la durée de leur séjour dans l’île.
Autre initiative dans le domaine médical : l’ELAM (Ecole Latino Américaine de Médecine). Cette école, inaugurée en 1998, forme des jeunes provenant de familles pauvres du continent américain (y compris les Etats-Unis). Les 1610 premiers diplômés sont sortis de l’école en juillet 2005. L’école accueille 2.000 jeunes par an qui sont logés, nourris et formés gratuitement. Ils s’engagent, eux, à retourner dans leur pays d’origine pour y exercer la médecine.
Dans le domaine de la solidarité il reste à signaler l’aide de Cuba dans l’éducation. De nombreux volontaires cubains enseignent ou ont enseignés au Nicaragua, au Venezuela, en Bolivie et dans d’autres pays. Cuba a développe un système d’alphabétisation appelé « Yo si puede » (Oui, je peux) qui a été traduit dans plusieurs langues, reconnu par l’UNESCO, et utilisé dans plusieurs pays du monde. Là aussi les volontaires cubains et les méthodes cubaines ont fait école.

Les relations entre Cuba et les Etats-Unis

L’élection de Barack Obama suscite beaucoup de débats et de questions au sujet de l’évolution des relations entre les Etats-Unis et Cuba. S’il est exact qu’il a levé quelques restrictions sur les voyages et l’envoi de fonds à Cuba, il n’a, à ce jour, rien modifié de fondamental. Le blocus reste d’application car pour les Etats-Unis Cuba reste un défi qui ne peut être toléré, défi inadmissible dans son arrière cour. Un motif plus profond est à la base du refus de lever le blocus. Le système cubain représente en effet une menace pour la philosophie de base des Etats-Unis : l’économie de marché capitaliste. Cuba représente une menace par sa simple existence qui prouve depuis 50 ans qu’une autre société est possible.
Les mesures concédées par Obama ne font que retourner à la reprise de la politique envers Cuba là ou Clinton l’a laissée. Ainsi, en politique migratoire, où des conversations pourraient reprendre, on oublie que ces conversations ont existé, que des accords avaient été réalisés mais que Bush les avait mis en veilleuse. Mais une réelle révision de la politique migratoire nécessiterait l’abrogation de la « Loi d’ajustement cubain », qui remonte à 1966 et en vertu de laquelle tout Cubain parvenant à mettre le pied sur le territoire étasunien, quel que soit le moyen qu’il aurait employé pour ce faire (y compris mort d’homme ou piraterie aérienne ou maritime), est immédiatement accueilli, reçoit une aide, se voit offrir un travail et bénéficie au bout d’un an du droit de séjour aux USA, un privilège réservé uniquement aux Cubains et qui vise à stimuler l’émigration illégale.
Si Obama veut modifier la politique envers Cuba, ce que demandent tous les pays d’Amérique latine, ce ne sont pas quelques modifications mineures qui feront école.
De réelles mesures d’ouverture seraient , par exemple, non pas  la fermeture de la prison de Guantanamo, mais  la restitution de la base de Guantanamo, partie intégrante du territoire national cubain. Ce serait la libération des cinq Cubains emprisonnés depuis plus de dix ans dans des prisons nord-américaines à cause de leur lutte anti-terroriste. Ce serait, bien sûr, la levée du blocus économique et la reprise de relations normales entre deux pays souverains.
La position cubaine est claire. Cuba est prêt pour un dialogue, à condition qu’il se réalise dans un esprit de respect mutuel, dans le respect de la souveraineté du pays, d’égal à égal, sans a priori d’aucune sorte.
Obama est-il prêt à ouvrir ce dialogue là ? On peut en douter sérieusement et il ne faut surtout pas oublier que le carcan législatif est là et que le président ne sait rien changer sans l’accord du Congrès, seul habilité à changer des lois. Aux Etats-Unis de prouver qu’on peut faire un pas de plus.

Conclusion

Après 50 ans la révolution cubaine reste une expérience unique, innovante et passionnante.
Ayant survécu à l’hostilité des Etats-Unis, le pays impérialiste le plus puissant du monde, aux différentes difficultés et crises économiques, aux catastrophes naturelles, Cuba est toujours là et continue à construire et développer son modèle socialiste, original, avec ses échecs et ses avancées. La question est souvent posée si Cuba va choisir le modèle chinois ou le modèle vietnamien, ou je ne sais quel modèle. Faisons confiance aux Cubains. Les nouvelles générations, bien formées, sont prêtes à reprendre le flambeau des mains des « dirigeants historiques », ceux qui ont mené la lutte révolutionnaire jusqu'à ce jour, et à développer un modèle cubain adapté aux réalités historiques, culturelles et économiques du pays.
Le système cubain n’est pas parfait et doit continuer à s’adapter à se modifier face aux nouveaux défis. Mais il n’y pas de pogromes à Cuba, ni de représailles, n’y d’élimination d’opposants intérieurs, ni purges intestines, ni lutte de générations.
Contrairement aux périodes noires de certains pays d’Amérique latine, Cuba ne connaît pas les disparitions, les persécutions, les coups d’état.
Les Cubains ont fait la révolution et la poursuivent pour plus de justice sociale, pour une répartition des biens disponibles entre tous, pour l’éducation et la santé gratuite et pour que le pays soit épargné à jamais de disparus, d’assassinats politiques, de pots de vin, de corruption, de fraudes bancaires, de présidents fantoches. Ces maux que les indépendantistes cubains ont combattu pendant un siècle ont étés éradiqués par la révolution.
Ils continuent le débat des idées pour une autre société, plus juste, plus fraternelle, plus solidaire, plus humaine.

Et ils ne réussissent pas trop mal.

Par: Freddy Tack

 

Pour en savoir plus :
-Danielle Bleitrach et Jacques-François Bonaldi
Cuba, Fidel et le Che, ou l’aventure du socialisme.
Pantin, Le Temps des Cerises, 2007.
-Martin Braem et Maggy Doumen
Mijn slinger is die van David.
Berchem, EPO, 1990
-Jacques François Bonaldi
L’Empire contre Cuba; (2 volumes)
Paris, L’Harmattan, 1988.
-Dan Bohning
The Castro Obsession. US covert operations against Cuba. 1959-1965.
Dulles-Virginia, Potomac Books Inc., 2005.
-Cuba. 50 ans de révolution.
Coordination Hernado Calvo Ospina.
Pantin, Le Temps des Cerises, 2009.
-Salim Lamrani
Cuba face à l’Empire.
Outremont, Lanctôt Editions, 2005.
-Salim Lamrani
Fidel Castro, Cuba et les Etats-Unis.
Conversations avec Ricardo Alarcon de Queseda ; Président de l’Assemblée Nationale       Cubaine.
Pantin, Le Temps des Cerises, 2006.
-Ignacio Ramonet
Biografiá a dos voces.
Barcelona, Debate, 2006.

Revues :
-L’Humanité. Hors Série. Janvier 2009.
Cuba 1959 – 2009.
Il était une fois la révolution.

-Monthly Review
Cuba 1959-2009.
A half century of socialism.
Vol. 60, nr. 8, January 2009.
Cuba Si. Revue trimestrielle de l’asbl Les Amis de Cuba.
Avenue Neptune, 24, bte 10 à 1190 Bruxelles.
www.cubamigos.be.