Un entretien avec le président de l’Assemblée nationale cubaine

« Cuba dans une nouvelle étape de développement »

Ricardo Alarcon répond aux questions de « Diverses Cités ». La santé de Fidel Castro, le terrorisme, l’état de la Grande Ile au cœur d’un entretien exclusif.

Au lendemain du traditionnel défilé du 1er mai, une rencontre internationale de solidarité avec Cuba s’est tenue à La Havane en présence de 1640 délégués venus de 70 pays. Le président de l’Assemblée nationale cubaine, Ricardo Alarcon, animait cette réunion. Ce fils d’immigrés espagnols venus s’installer dans la Grande Ile dans les années 1940 est un des principaux dirigeants du pays, un proche compagnon de Fidel Castro. Il s’était particulièrement illustré lorsqu’il occupait le poste d’ambassadeur de Cuba aux Nations unies. Il répond aux questions de « Diverses Cités ».

Q. Le président bolivien Evo Morales a annoncé sur une chaîne de télévision la présence de Fidel Castro au défilé du 1er mai. Or, le président n’était pas là. Vous connaissez Evo Morales. Etait-il mal informé ?

R. Je connais très bien le président bolivien. Disons qu’il faut mettre sa déclaration au compte de l’ingénuité.

Q. Comment va Fidel Castro ?

R. Il va bien, je vous l’assure, et c’est le président de l’Assemblée nationale qui vous le dit. Il poursuit sa convalescence, écrit, reçoit des hôtes étrangers. Je l’ai rencontré hier soir encore. Rester quatre heures debout sous les rayons brûlants du soleil de La Havane n’aurait pas été raisonnable.

Q. Les manifestations et défilés dans la capitale et dans l’ensemble du pays ont été placés cette année sous le mot d’ordre de la lutte contre le terrorisme. Pourquoi ?

R. Un événement vient d’avoir lieu aux Etats-Unis qui provoque la colère de notre peuple. Alors que Bush tient des discours sur le terrorisme, un des plus grands criminels du continent latino-américain a été mis en liberté et peut se promener tranquillement à Miami. Il s’agit de Luis Posada Carriles, agent patenté de la CIA lorsque Bush père dirigeait la tristement célèbre agence américaine. Cet individu a organisé la plupart des agressions contre Cuba. Il est l’auteur notamment de l’explosion en plein vol, en 1976, d’un appareil de la Cubana de Aviacion au dessus de La Barbade à bord duquel voyageait notre équipe nationale d’escrime et l’inspirateur des attentats survenus plus récemment dans des hôtels de la capitale entraînant la mort d’un touriste italien. Luis Posada Carriles a été impliqué dans l’Irangate et la contra nicaraguayenne, dans des crimes commis contre des démocrates au Venezuela qui demande son extradition et des tentatives d’assassinats contre Fidel. Pendant ce temps, cinq jeunes cubains ont été condamnés à la prison à vie aux Etats-Unis alors qu’ils enquêtaient sur les organisations terroristes basées à Miami sans jamais enfreindre les lois et la souveraineté des Etats-Unis. Luis Posada Carriles, lui, a été libéré. Vous comprendrez pourquoi notre peuple est en colère. Nous ne demandons pas la vengeance, nous exigeons la justice.

Q. En quittant l’aéroport José Marti pour rejoindre la capitale, une affiche indique « Vamos bien » (nous allons bien). Cuba va bien ?

R. Nous sortons d’une période très dure. Quel autre pays au monde aurait pu survivre à l’effondrement de 80% de son économie ? Après la chute de l’URSS, nous sommes restés sans fournisseur ni client. Nous avons résisté. Aujourd’hui, nous vivons un changement d’époque sur le continent latino-américain et une nouvelle étape s’annonce pour Cuba. Nous avons mis en place avec nos amis vénézueliens, boliviens, équatoriens une nouvelle structure politique et économique, l’Alliance bolivarienne d’intégration (Alba, aube en espagnol) basée sur des échanges justes et équitables. Nous bénéficions, par exemple, de livraisons de pétrole à tarifs préférentiels tandis que nous transmettons notre savoir faire dans de nombreux domaines comme l’éducation, la santé, le traitement de la canne à sucre… Aux Etats-Unis et en Europe, mais pas en Amérique latine ou en Afrique, la disparition de la révolution cubaine a souvent été annoncée. Or, c’est tout le contraire qui se passe. Nous sommes dans une nouvelle phase de développement.

Entretien réalisé par José Fort