Une fois de plus ....

Une fois de plus, un journaliste publie des inepties sur Fidel Castro. Amusant : c’est dans Le Monde (le journal sans photos) du 24 juin 2008 qu’un journaliste a estimé important d’ironiser sur le fait que l’image de Fidel est apparue à la télévision pour la première fois depuis six mois. Ne rajoutons rien, ne disons même pas son nom. Mais voici pour nos lecteurs une réponse bien tournée, rédigée par Françoise Lopez, une militante de « Cuba Si France (Provence) ».

Si j’écoutais mon premier mouvement, je ne répondrai pas à votre article tant celui-ci me laisse une impression de vide. « Mais qu’est-ce qu’il dit ? » m’a demandé quelqu’un et j’ai répondu : « rien... des inepties ». Le problème est que ces inepties, qui laisseraient chacun indifférent si elles étaient proférées par un individu quelconque, sont publiées par un quotidien que certains considèrent encore comme un journal de référence malgré la déchéance profonde dont il fait preuve en publiant de tels articles. Dans ma jeunesse, on nous parlait en classe de philo des analyses politiques du « Monde ». Voyons quelle analyse politique contient votre...comment donc, « article » ? je n’ose même pas l’écrire...
De quoi nous parle-t-on ? De la tenue vestimentaire de l’ancien président Fidel Castro, de son apparence physique et plus loin, on nous cite une phrase choisie avec soin dans l’une de ses dernières réflexions parce qu’elle ne recèle aucun contenu politique. Nous parler de Fidel Castro sans parler politique, voilà sans aucun doute un bel exploit.
Votre article se veut ironique dès le début : « Castro est de retour. Pas Raùl le petit frère, mais Fidel, le vrai, le grand, l’unique ». Vous réduisez Raùl Castro, le président élu de la République de Cuba à sa qualité de « petit frère » de Fidel, mais avez-vous , avec la même ironie et la même constance, rappelé qu’Olivier Giscard d’Estaing était le frère (petit ou grand, je n’en sais rien) de Valery Giscard d’Estaing, Claude Chirac la fifille à papa Jacques, Hillary Clinton la chère et tendre de Billy ?
Ces gens-là ont la plupart du temps obtenu postes de responsabilités et honneurs divers par le seul mérite de leur naissance ou de leurs liens de parenté. Ce n’est pas le cas de Raùl Castro engagé dés la première heure, aux côtés de son frère (ou plutôt son demi-frère), dans la lutte pour la libération de son pays. Les Cubains le savent mais par la grâce de pseudo-journalistes comme vous, la plupart des lecteurs des pays développés l’ignorent. Moi, je croyais naïvement que le métier de journaliste consistait à informer ...Vous écrivez cependant : « Fidel , le vrai, le grand, l’unique » et c’est cela le fond de vérité que contient votre article. Parce que Fidel Castro, qui, avec une poignée d’hommes, a réussi à bouter le yankee hors de Cuba et à rendre sa dignité au peuple cubain, est effectivement quelqu’un de grand qui mériterait largement le Prix Nobel de la Paix , si celui-ci, bien entendu, représentait autre chose qu’un oscar de l’anticommunisme. Lors de son hospitalisation en août 2006, les messages de soutien sont arrivés du monde entier et des messes ont été dites pour son rétablissement aux États-Unis même. Non, bien sûr, pas à la Maison Blanche mais dans les quartiers populaires où les petites gens savaient ce que l’humanité perdrait en perdant Fidel Castro. Car ce même Fidel Castro a voué sa vie, depuis son plus jeune âge, à rendre possible ce monde meilleur auquel aspirent les pauvres, les humiliés, les exploités et tous les hommes de bonne volonté que compte notre planète. A cette lutte, il a tout sacrifié, y compris sa santé, lui qui a fait don de ses propriétés à la Révolution et qui quittera cette terre sans avoir amassé de fortune, sans rien laisser à sa famille mais qui nous laissera à tous l’héritage de sa pensée et de sa lutte à continuer pour que ce monde meilleur dont il rêvait soit enfin possible un jour. Je n’ignore pas la charge d’ironie que contenait votre formule mais en effet, Fidel Castro est bien le vrai, le grand, l’unique, irremplaçable pour le peuple cubain et tous les amis de Cuba .
Bien sûr, tout ça, vous le savez mais cela dérange vos intérêts et ceux de la classe dominante. Alors, vous portez des attaques indignes : Fidel Castro, dites-vous, donne « l’image d’un vieux dirigeant épuisé aux allures d’épouvantail à moineaux ». Et quand bien même cela serait, qui pourrait lui en faire reproche ?
Peut-être est-il, en effet, épuisé par cette longue vie de lutte et nous, nous ne l’en respectons que plus. Toute sa vie, il a joué le rôle d’épouvantail à yankees et les a, en effet, efficacement tenus éloignés de son île. La vieillesse et la maladie n’arrangent personne et j’aimerais savoir à quoi vous ressemblerez vous-même à l’âge de Fidel Castro, après une vie vouée à cracher sur les hommes les plus respectables de la planète...
Si vous informiez réellement vos lecteurs, vous devriez parler, plutôt que du « célèbre jogging » de Fidel, de son mépris pour cette « énorme hypocrisie » qu’a été la levée des sanctions européennes contre Cuba, des analyses qu’il fait des événements qui se déroulent en ce moment, et en particulier de la crise alimentaire mondiale à propos de laquelle il a été le premier à donner l’alerte, il y a un an déjà. Il n’est plus président de la République de Cuba mais il n’a pas renoncé à penser et à agir dans la mesure de ses moyens et cette attitude est appréciée par tous ceux qui le connaissent réellement. Vous n’avez pas envie qu’il s’exprime parce qu’il dit des vérités qui vous dérangent mais vous n’êtes pas aussi indigné quand Valéry Giscard d’Estaing, ex-président de la République renvoyé dans ses foyers par le peuple français, s’exprime au nom d’électeurs qu’il ne représente plus depuis longtemps...Aux dernières élections à Cuba, Fidel Castro avait été élu et c’est lui qui a choisi de renoncer à ses charges. Alors, il a le droit de s’exprimer, sa voix est toujours légitime.
Pour finir, je reviendrai sur le titre de votre «  article » : « Castro aurait dû prendre exemple sur César ». Et c’est là que vous dévoilez pleinement votre méconnaissance du personnage et votre incompréhension absolue du thème que vous prétendez traiter. Non, Fidel Castro n’a jamais pris et ne prendra jamais exemple sur César. César faisait régner la « paix romaine » comme aujourd’hui George Bush fait régner la paix américaine en Irak. Fidel Castro, lui, a formé des médecins, des alphabétiseurs, des techniciens, des enseignants, dont les brigades ont apporté le savoir, la paix, la santé, dans une multitude de pays du monde, y compris des pays développés. Fidel Castro ne s’est jamais soucié de son apparence, au point d’avoir accordé dans sa jeunesse, une interview en pyjama. Quand César commandait qu’un pont soit érigé, il écrivait « César a fait un pont ». Lorsque Fidel Castro envoie une brigade médicale sur les lieux d’un tremblement de terre, comme aujourd’hui en Chine, il dit : « Les médecins cubains apportent leur aide aux victimes... » Il n’y a pas de statues de Fidel Castro, de T-shirts à son effigie, aucune rue ne porte son nom. Fidel Castro est un homme discret qui se met tout entier au service de la cause qu’il défend. Tout le contraire de César...Alors, non, Fidel Castro ne suivra pas votre conseil, vous pouvez en être certain et nous, nous le remercions d’être encore aujourd’hui tel qu’il est.

Françoise Lopez

25 juin 2008