OUI LA DECLASSIFICATION DES TRACTATIONS USA-CUBA EST UN SIGNE POSITIF

par : Danielle Bleitrach

Publié 25 janvier 2009

Amérique latine , Etats-Unis , Les laboratoires du changement social

Il s’agit effectivement pour moi d’une bonne nouvelle, il me semble qu’il faut l’analyser à plusieurs niveaux. D’abord bien souligner la complexité du problème, rien que pour défaire les effets du blocus cela risque d’être difficile tant il y a un enchevêtrement de lois prises à différentes époques, et le fait qu’il y ait déjà eu sur la question des négociations peut aider comme d’ailleurs sur d’autre dossiers, on ne part pas de rien. D’où un premier intérêt à la sortie de ces dossiers secrets. Mais cette sortie n’est pas isolée, on assiste dans l’administration nord-américaine à un effet général qui veut que “les bouches s’ouvrent”, ainsi il y a eu en même temps la remise en cause au titre des dépenses du Pentagone de l’ouverture du dossier du programme JSF ( Joint Strike Fighter ) qui est surement l’un des plus important de ce nouveaux siècle en matière d’avion de combat.Deux constructeurs se partagent actuellement le programme, Boeing et Lockheed , le vainqueur ( Lockheed et son X-35 ) aura certainement le plus gros marché du 21 ème siecle, car les commandes pourraient certainement dépasser les 5000 appareils sans compter l’exportation ! A travers ce dossier est dénoncé le coût des dépenses de l’armement.C’est encore plus important que les dossiers déclassifiés sur Cuba, parce que cela touche aux privilèges déments du complexe industrialo-militaire dans un temps où la question principale est celle du désastre économique et financier que vivent les Etats-Unis. Donc nous sommes dans un temps où l’on sort les cadavres du placard en rupture avec l’administration Bush.

Notez que dans les dossiers des archives sur Cuba, Bush apparaît le seul président qui n’a jamais cherché à sortir de l’impasse avec Cuba et n’a fait que l’aggraver. Alors que kissinger, pourtant républicain, a un avis inverse, celui de la normalisation parce que le symbole qu’est Cuba nuit aux Etats-Unis et attire la condamnation de la communauté internationale. Ce qui est avec l’économie, une des orientations prioritaires d’Obama: restaurer l’image des Etats-Unis complétement dégradé par le règne bushien.

Pourtant le choix de déclassifier certains documents sur Cuba n’apprend pas grand chose, les cubains ont eux mêmes laissé diffuser des documents qui révélaient les mêmes contacts, j’ai parlé de la traduction que j’ai faite pour la revue la Pensée d’un article de P.Gleijes, le professeur d’histoire des relations entre Cuba et les USA de John Hopkins, sur les tractations avec Carter bloquées sous le prétexte de l’histoire de Tshombé et le katanga mais en fait parce que Carter n’avait pas le courage d’adffronter les forces trés puissantes qui s’opposaient à cette réconciliation. Donc tout cela était connu des spécialistes mais ce qui ne l’était pas à ma connaissance c’est la conversation avec le Che. D’autres l’étaient en particulier les discussions à propos de l’immigration et de la lutte contre le trafic de drogue, voir le terrorisme, c’est même semble-t-il dans le cadre de ces discussions que les 5 ont été arrêtés comme espions ce qui était une double trahison puisque les faits qui les concernaient relevaient de la dite négociation et surtout n’avaient rien à voir avec une volonté de nuire aux Etats-unis mais de protéger Cuba du terrorisme de la mafia cubaine.

Donc ce qui est nouveau c’est la décision de montrer à l’opinion publique qu’Obama ne fait que suivre le chemin tracé par la plupart des présidents et que la plupart des présidents auraient souhaité une telle ligne sensée qui entre bien dans la, logique “privilégier la diplomatie sur l’affrontement”. Il s’agit d’inviter à la rupture avec la politique de Bush et d’inaugurer de nouveaux temps dont la voie a déjà été traitée par des présidents considérés comme raisonnables.

La discussion aparaît avoir commencé et elle explique le retrait de Fidel qui ne veut pas que le poids de ce qu’il dit pèse sur les dites discussion, c’est Raoul quin tient les rènes et lui seul. Mais il est vraisemblable qu’ils travaillent ensemble comlme ils l’ont toujours fait.
Je crois cependant qu’il a voulu donner deux signes forts, et ce à travers la rencontre avec la présidente argentine. Nous sommes là dans le domaine des spéculations mais elles n’ont rien d’invraisemblables. Depuis toujours Fidel accorde un intérêt particulier à l’Argentine et plus encore dans cette période où la faim menace le continent, l’Argentine est un pays qui produit beaucoup de nourriture et a un niveau de développement qui peut aider à la résistance. Fidel avait voulu s’appuyer sur l’Argentine dans sa lutte contre le remboursement de la dette il avait entamé en 1983 des négociation avec le président de l’époque Alfonsi, mais cela n’avait pas abouti. Il cherchait non seulement un partenaire qu’il a plus tard trouvé avec le venezuela de Chavez mais l’Argentine lui paraissait un pays capable de résister à cause de sa capacité d’autosuffisance alimentaire et industrielle. Vu ses préoccupations sur la montée des problèmes agricoles en Amérique latine et à Cuba, cette rencontre me parait dans cette logique qui est dans ses principales préoccupations face à la crise qui s’étend.

Le second signe fort c’est justement l’unité de l’Amérique latine la non rupture entre les “durs” et les “mod&érés” que l’Argentine symbolise bien mieux encore que le Brésil. Relisez le texte publié par l’agence cubaine sur le nouveau contexte que va trouver Obama en Amérique latine, l’unité du continent retrouvée. Les Cubains ne parlent pas pour ne rien dire, ils indiquent au président des Etats-Unis que la situation a changé, que l’Amérique latine est prête à la paix mais qu’elle est unie autour de sa souveraineté et qu’elle l’a manifesté en intégrant Cuba en sons sein. La rencontre avec la présidente argentine signifie cela aussi, et ce n’est pas un hasard si le message envoyé est: Obama a des idées sympathiques, il a du vaincre de grands obstacles pour l’emporter mais le principal est devant lui, c’est le système nord-américain lui-même avec ses intérêts privés, l’envie qui le ronge, comme le décrivait Marti,ou la bête sauvage des intérêts privés déchaînés que décrivait Hegel.

Il y a visiblement un camp de la paix aux Etats-Unis qui tente de créer les conditions favorables à une autre politique où la diplomatie serait préférée aux armes mais sera-t-il de force? C’est toute la réflexion de Fidel, il faut toujours écouter ce que dit Fidel. Et on ne peut pas dire que la tonalité de ce qu’il dit soit particulièrement optimiste.Il nuance le compte rendu qu’a fait la présidente argentine de son entrevue avec lui en disant d’Obama ““Néanmoins, même s’il a surmonté bien des épreuves, Obama n’a pas encore affronté la principale de toutes : que fera-t-il très bientôt quand l’immense pouvoir qu’il vient de saisir s’avérera absolument inutile pour surmonter les contradictions insolubles, parce qu’antagonistes, du système ?”

Danielle Bleitrach