" Notre système social face à la crise "

Par: Ricardo Alarcón De Quesada

Ricardo Alarcón, président de l’Assemblée nationale de Cuba, était de passage
à Paris pour une rencontre avec des politiques, des intellectuels et des
mouvements d’amitié avec l’île. L’occasion de discuter avec lui des enjeux de
la société cubaine.

Pluralisme et démocratie
Lorsqu’on l’interroge sur le sujet, le dirigeant cubain distingue « pluralisme et
pluripartidisme ». A Cuba, le système politique est basé sur un parti unique, le
Parti communiste de Cuba (PCC). « Mais le pluralisme est essentiel dans notre
société. Croyez-moi, à Cuba, nous ne faisons rien sans discuter avec les gens »
affirme-t-il estimant que « la démocratie représentative des sociétés libérales est
une fiction. Si dans les sociétés capitalistes, le succès matériel a pu avoir lieu, ce
fut un échec social. Les dirigeants politiques sont issus des classes dirigeantes ». Et
de pointer du doigt « ces états dits démocratiques qui prennent des décisions sans
en discuter avec leur parlement ». A Cuba, « notre système n’est pas parfait, mais
nous faisons un réel effort pour restituer la démocratie ».

Cuba et la crise capitaliste
Le socialisme cubain connaît une période particulièrement difficile depuis la
crise…du capitalisme. Une contradiction de l’histoire ? « Tous les matins, je me
rappelle que la crise est internationale. Le soir, je pense aux grands défis auxquels
nous devons faire face pour surmonter ces difficultés qui nous touchent » rétorque
Ricardo Alarcón. « Nous ne pouvons pas décider de la fin du blocus américain ou de
celle de la crise. Mais nous pouvons résoudre nos problèmes avec nos ressources.
Nous devons résoudre ce qui est dû à notre société. Le blocus ne peut pas tout
justifier ». « Ce n’est pas la faute au blocus, si quelqu’un arrive tous les jours en
retard à son travail » image-t-il. Selon lui, « la sortie de crise se fera par la
démocratie. Le but du socialisme est justement d’éliminer les inégalités entre les
hommes ». Jusqu’à présent, « nous avons moins souffert de la crise que d’autres
pays d’Amérique latine, grâce à notre système social basé sur la solidarité. C’est
ça aussi la démocratie ! »

Fidel Castro dans les médias
Depuis quelques semaines, l’ancien président Fidel Castro, multiplie les
interventions télévisées à Cuba. « Les enjeux dont il parle méritent une telle
médiatisation » estime le président de l’Assemblée nationale. Fidel Castro
dénonçait en effet les tentatives de déstabilisation de l’Iran par les Etats-Unis en
prédisant une attaque nucléaire sur Téhéran. « Il a la légitimité de le dénoncer car
c’est un de ceux qui le dénoncent depuis le plus longtemps. La question du
nucléaire devrait tous nous interpeller, non ? ». Ricardo Alarcón a de plus assuré
que « depuis son retrait, Fidel participe à toutes les grandes décisions prises dans
le pays ».

Les réformes et la Chine
Un temps annoncé, le congrès du PCC, ne devrait pas se réunir prochainement. «
Ce sera plutôt une conférence pour prendre des décisions élémentaires pour
discuter des questions actuelles. Un grand nombre de changements d’ordre
économique auront lieu ». D’ici le premier semestre 2011. « Il s’agira de voir
comment établir une économie où les producteurs bénéficient de leurs efforts ».
Et quand on lui parle de la tentation du modèle chinois, il coupe : « Pour suivre
l’économie chinoise, il faut être Chinois. Nous sommes Cubains, pas Chinois ! » en
précisant que si les deux nations sont « amies », « personne ne prétend choisir le
chemin de l’autre ». Depuis le président Raul Castro a annoncé des mesures
permettant l’ouverture de commerces privées.

Libération de prisonniers
Dernièrement, plusieurs prisonniers « politiques » ont été libérés et accueillis en
Espagne après des discussions entre les états espagnol, cubain et l’Eglise
catholique. D’autres suivront. Ricardo Alarcón apparaît plutôt surpris de la
médiatisation autour de ces libérations. « Oui, il y en aura d’autres. C’est notre
politique. Cela se passe toujours comme ça à Cuba : les prisonniers ne font jamais
la totalité de leur peine » affirme-il en assurant toutefois que « les assassins et
ceux qui ont posé des bombes feront toute leur peine ».

Les 5 de Miami
Depuis 1998, 5 Cubains sont emprisonnés aux Etats-Unis pour avoir infiltré des
organisations terroristes cubano-américaines à l’origine d’attentats à Cuba à la fin
des années 90. À Cuba, Antonio, René, Fernando, Gerardo et Ramón sont « Héros
de la République ». Condamnés à de lourdes peines, certains ont vu leur
condamnation réduite, mais d’autres ne reverront sans doute jamais Cuba. Sauf si…
« Tous les recours sont terminés, mais le président Omaba peut les libérer. Il faut
juste sa signature. La seule manière de le pousser à signer c’est la solidarité
internationale » affirme Ricardo Alarcón qui estime que leur incarcération est une
volonté américaine purement politique. « Nous n’aurons pas de relations normales
avec les Etats-Unis tant qu’ils seront en prison ».

SÉBASTIEN MADAU
(Article publié le 15 août 2010 sur le quotidien "La Marseillaise" Sud-est, P.30)